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L’éducation au Maroc – Ce qui ne va pas !

L’éducation au Maroc – Ce qui ne va pas !

L’équipe Impala a étudié le marché de l’éducation au Maroc pour comprendre les schémas et les problématiques d’une économie en développement. Nous avons analysé l’éducation marocaine et essayé d’en tirer des conclusions pertinentes. Nous souhaitons aider le gouvernement à construire l’éducation de demain. Nous remercions Bayard Turot, avocat au barreau du Paris qui a co-écrit cet article.

La reconnaissance par l’Espagne en 1956 de l’indépendance définitive du Maroc a entraîné un mouvement de fond porté par le gouvernement au pouvoir. L’école a été rendue obligatoire de 6 à 13 ans en 1963 et des écoles privées ont proliféré afin d’apporter un enseignement complémentaire aux adolescents. Les différences entre ces deux systèmes engendrèrent de fortes inégalités qui sont encore effectives aujourd’hui. Dans les années 80, le ministre de l’éducation décida de réformer le système éducatif marocain pour limiter certaines velléités allant jusqu’à supprimer complètement les sciences sociales. Cette politique dogmatique a ainsi réduit considérablement l’esprit critique dans toutes ses formes. Au lieu d’améliorer le civisme et la politisation des marocains, cette réforme a accentué le nationalisme et le protectionnisme de la population. Des spécialistes, comme Pierre Vermeren, affirment que ce repli a fortement freiné l’ouverture commerciale et démocratique du Maroc. Pour Moulay Ismaïl Alaoui, ancien ministre marocain de l’éducation, le système éducatif marocain :

« fabrique des têtes bien remplies à défaut de produire des têtes qui sont bien faites »

Faute d’impliquer la population dans les affaires de l’Etat, cette politique a créé des nationalistes aveugles. Néanmoins, avec l’apparition du numérique et des nouvelles formes d’apprentissage et avec une politique plus ouverte, l’éducation évolue et les inégalités s’effacent peu à peu. Le roi et son gouvernement tiennent toujours le pouvoir en place mais des voix s’élèvent doucement.

Le concept de démocratisation de l’éducation ne doit pas se confondre avec celui de démocratie. Alors que la démocratie renvoie particulièrement à la question des régimes politiques, la démocratisation renvoie plutôt à la mutation de l’accès à l’enseignement, notamment en luttant contre les inégalités. Les études menées par Bourdieu et Passeron ont dissocié ces deux concepts en rapprochant démocratie de l’égalité des droits et démocratisation de l’égalité de fait. De même, la démocratisation n’est pas synonyme de développement et de nombreux exemples témoignent de développement non démocratique, ou bien de démocratisation qui n’apporte pas de développement. Cependant, si les deux notions doivent être distinguées et qu’il est impossible d’établir une corrélation entre les deux, une multitude de variables, concernant notamment l’éducation, vont interagir indirectement.

La pluralité des circuits d’éducation au Maroc complique la délimitation du système éducatif. La majorité des écoles, collèges, lycées et universités dépendent du Ministère de l’Education Nationale. Les pouvoirs publics peuvent donc les gérer, les organiser, et leur attribuer des missions. Néanmoins, les organismes privés jouent un rôle à ne pas négliger, notamment dans la formation de la classe moyenne supérieure.
L’éducation représente un enjeu social important pour la population marocaine. L’école est le moyen par lequel les individus peuvent accéder au savoir et tenter d’améliorer leurs conditions sociales. La connaissance et le savoir sont un capital culturel humain susceptible d’être converti ultérieurement en capital économique. Ainsi, l’école publique et l’enseignement en général ont un rôle primordial d’ascenseur social.

Education et démocratisation ont des rôles et des influences complémentaires : la démocratisation du système éducatif l’améliore et en réduit les inégalités ; puis ce système éducatif démocratisé augmente les capacités de la population à participer réellement à la conduite de la démocratie. Toutefois, l’incohérence de certaines initiatives menées par le royaume montre les limites de la volonté politique de démocratiser le Maroc (disparition des sciences sociales, etc.). On peut donc se demander dans quelle mesure le processus de démocratisation de l’éducation marocaine amorcée au lendemain de l’indépendance est-il réellement efficace.

La démocratisation de l’éducation dans le Royaume du Maroc

Le système éducatif au Maroc est un grand chantier qui a subi de profondes mutations. Les politiques éducatives mises en place ont été influencées par plusieurs facteurs, notamment démographiques, culturels, sociaux et économiques. Après un premier mouvement qui a permis de généraliser l’éducation, la politique a tenté d’uniformiser l’éducation. La recrudescence de l’Islam a particulièrement influencé la politique éducative et a politisé l’éducation, en l’ancrant dans un enseignement nationaliste, arabe et islamique.

La généralisation de l’éducation

Le droit à l’éducation sans distinction de sexe a été établi par la première constitution marocaine et également par les grands traités relatifs aux droits de l’Homme, à la plupart desquels le Maroc a adhéré. En adoptant en septembre 2000, la Déclaration du Millénaire des Nations Unies pour le développement, qui a réitéré l’engagement d’universalisation de l’enseignement primaire, proclamée par d’autres programmes, l’Education pour tous (EPT) notamment, le pays s’est engagé à lui associer celui de promouvoir, par l’éducation, l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes d’ici à 2015.
La politique choisie dans un premier temps consistait à développer une scolarisation de masse. Ainsi, l’enseignement était, dès l’école primaire, dispensée au plus grand nombre possible d’enfants. Il s’agit de dispenser un enseignement de base permettant de sélectionner les enfants doués qui accéderont au second degré, tandis que les autres auront acquis les notions élémentaires nécessaires à la formation du citoyen. Ainsi, l’éducation a, avant tout, un caractère social (Souali & Merrouni, 1981). Cette politique a permis d’important progrès statistiques de l’éducation marocaine, en particulier du taux spécifique de scolarisation (TSS); indicateur qui montre la participation en éducation de la population de chaque âge, quel que soit le niveau d’éducation.
L’analyse de l’évolution du TSS par milieu social entre 2004 et 2012 montre que l’effort de démocratisation entamé par le Maroc a été particulièrement renforcé sur la primaire, pour la tranche d’âge 6-11 ans, où ce taux atteint 99,6 % pour l’année scolaire 2012-2013. L’accès au primaire s’est généralisé à la fois en milieu urbain et rural, pour les garçons comme pour les filles : l’indice de parité entre les sexes a atteint, en 2008/2009, 89% au primaire, 80% au secondaire collégial, 97% au secondaire qualifiant et 90% au supérieur. La généralisation de ce niveau d’enseignement a concerné, à peu près et de façon générale, tous les enfants et l’écart inter-milieux s’est réduit à 3 points en 2012. En revanche, le processus de généralisation connaît une ampleur moindre dans les niveaux supérieurs : le TSS pour la tranche d’âge 12-14 ans relative au secondaire collégial est de 85%.

L’expansion de l’éducation a nécessité la mise en place de certaines mesures. La durée des études a ainsi été ramenée de six ans à quatre ans et demi (cours préparatoires à mi-temps), en utilisant un système de classe à roulement (l’utilisation d’une classe pour plusieurs niveaux). Le rendement a baissé et les déperditions scolaires ont augmenté : le taux d’abandon scolaire représente un problème majeur, surtout en milieu rural, et reste encore très élevé par comparaison avec d’autres pays arabes, comme l’Algérie, l’Oman, l’Égypte et la Tunisie.

L’uniformisation de l’éducation

Un grand nombre de rapports publiés ces dernières années, dont celui du Conseil Supérieur de l’Enseignement en 2008, ont permis de mettre en évidence les obstacles qui réduisent le rythme du développement de l’éducation marocaine malgré de véritables efforts déployés. La pauvreté et l’enclavement constituent les principales entraves exogènes, notamment en milieu rural. La quantité et à la qualité des infrastructures en sont les autres facteurs endogènes. Cette réalité se traduit par la persistance des inégalités d’apprentissage aussi bien que celles de scolarisation qui demeurent encore très marquées, principalement pour les filles en milieu rural. En dépit des progrès significatifs qui ont été enregistrés dans l’accès des filles et des garçons à l’enseignement primaire et collégial, l’accès à l’éducation de base reste incomplet et inéquitable. Certains enfants, les plus vulnérables, particulièrement en milieu périurbain et rural, restent exclus du cycle primaire. De même, si l’enseignement collégial est quasi-généralisé en milieu urbain, dans le milieu rural, les filles n’ont pas toujours accès à l’éducation. Ainsi, les inégalités résultent de la combinaison de plusieurs types de désavantages, dont essentiellement l’isolement, la pauvreté, une offre scolaire inadaptée et l’inégalité entre les sexes.

Dans la lignée de ses engagements, le pays affiche une plus grande détermination depuis une quinzaine d’années à lutter contre les inégalités.

La politisation de l’éducation

Après avoir obtenu son indépendance, le Royaume a voulu s’affranchir de son passé colonial, dont il avait d’ailleurs hérité un certain nombre de dysfonctionnements. Le ministre Azzedine Laraki, nommé ministre de l’éducation nationale avec le soutien du parti de l’Istiqlal, interdit tous les cours de philosophie, puis ceux de sociologie. L’école de sociologie marocaine est ainsi interdite et les rares sociologues étrangers (le professeur Paul Pascon par ex) sont expulsés. Enfin, les cours d’études islamiques sont rendus obligatoires.
Toutes les matières sont alors rapidement arabisées, le français n’étant maintenu qu’en tant que langue étrangère. Or, la plupart des marocains ne parlent pas l’arabe littéraire dans la sphère privée et familiale, mais plutôt le berbère, le français ou la darija. L’arabisation de l’enseignement a ainsi créée un phénomène de diglossie dans une frange de la population. En outre, les professeurs français sont remplacés par des professeurs syriens, égyptiens ou soudanais, proches, selon Pierre Vermeren, des frères musulmans. Selon ce spécialiste de l’histoire du Maroc, la politique d’arabisation et d’islamisation menée par Azzedine Laraki auraient d’une part conduit à une véritable chute du niveau éducatif des jeunes Marocains et d’autre part encouragé sur le long terme une montée en puissance de l’Islamisme radical.

C’est seulement à la fin des années 90 que cette politisation de l’éducation est abandonnée. Le gouvernement se lance dans un vaste programme de réforme, la Charte nationale de l’éducation est adoptée en 1999 et la période 2000-2009 devient « décennie de l’éducation ». Le Maroc a ainsi réussi à améliorer l’accès au système éducatif de base avec l’aide de la Banque mondiale et d’autres organismes multilatéraux.

 

Le rôle de l’éducation dans la « démocratisation » du Royaume du Maroc

 

education classe
Le Maroc vit depuis le début des années 2000 une réforme complète de son système éducatif pour entraîner ses citoyens à développer un esprit critique et autonome. Néanmoins, l’esprit critique est indissociable de la conscience politique et d’une remise en question – au moins partielle – du système en place. Le roi et son gouvernement font donc face à un problème de taille. Comment éduquer une population sans qu’elle ne se rebelle contre son régime ? Comme nous pouvons l’observer dans l’incohérence des initiatives menées par le royaume, la réponse est loin d’être évidente. En effet, les trois étapes de la démocratisation d’un régime sont directement liées à l’éducation de sa population. Le rôle de l’éducation est de renforcer l’accès puis la compréhension à l’information afin d’en favoriser la réaction.

 

Accès à l’information

A l’instar de beaucoup de pays en voie de développement, un des problèmes majeurs du Maroc est l’accès à l’information et à l’éducation. Si aujourd’hui le taux brut de scolarisation au primaire atteint 110%, le taux d’alphabétisation des femmes reste très bas à 53%. De plus, l’accès au supérieur reste négligeable avec 22% de scolarisation en 2013.
Récemment, le Maroc a réintégré dans son curriculum les sciences humaines mais pendant 20 ans, une partie des connaissances a été occultée à la population. Les manuels sont obsolètes et ne sont pas adaptés à la situation mondialisée d’aujourd’hui. Les connaissances véhiculées par les professeurs et les livres sont incomplètes. Le niveau de lecture au Maroc est catastrophique, en 2011, seulement 31 % des enfants parmi les groupes les plus défavorisés ont atteint un standard minimum de lecture. Le décrochage scolaire au Maroc touche plus de 20% des jeunes qui n’ont par la suite pas le bagage nécessaire pour trouver et accéder à l’information.

L’enseignement est très inégalitaire comme nous l’avons expliqué plus tôt, dans les milieux sociaux élevés, on envoie ses enfants dans des structures privées. Ces structures possèdent du matériel à jour et ont accès à l’information sur l’actualité, les professeurs préparent des cours pertinents et dans l’air du temps. Ce qui n’est pas toujours le cas pour les enseignants du public. Dans le supérieur, le problème est assez similaire. Certaines familles sont trop pauvres pour subvenir aux besoins de leurs enfants et ne peuvent donc pas les envoyer à l’université, même si leur niveau scolaire le permet.
La problématique de l’accès à l’information est également présente dans la vie de tous les jours. L’Etat a créé en 1955 un ministère de l’Information et de la Communication. Ce ministère est également responsable de la propagande au sein du Royaume et il coordonne les initiatives visant à réduire l’accès à certaines informations avec le Ministère de l’Intérieur. Il est si puissant et si craint que la majorité des journalistes pratiquent l’autocensure. Régulièrement, des journaux ou des sites internet ferment sans raison à la suite d’une ordonnance du Royaume. Certains médias accusent timidement le gouvernement de corruption ou remettent en question certaines décisions liées aux Droits de l’Homme. Mais l’ordre établi par le gouvernement n’est pas ébranlé, agissant sous couvert de la religion, encore très présente dans la culture marocaine. La problématique de la liberté d’expression et celle de la transparence des services publics empêchent les marocains d’avoir les idées claires sur la situation réelle du pays et de ses activités. Certains organes ont la responsabilité d’évaluer les politiques publiques mises en œuvre par le gouvernement mais elles sont gérées directement par ce même gouvernement. La question de la neutralité de ces rapports se pose. L’éducation de la population passe par l’accès à l’information, et tant que le Royaume cachera une partie de la vérité, la situation aura beaucoup de mal à évoluer. Tout du moins, la transition démocratique ne pourra pas venir d’en haut. C’est ce qui s’est d’ailleurs passé en Tunisie avec la révolution de jasmin.

 

La compréhension des enjeux

Un des rôles fondamentaux de l’éducation est de former les esprits au monde actif, leur permettre d’en comprendre les enjeux politiques, économiques et sociaux. Néanmoins, là-encore, il y a un conflit d’intérêt entre la volonté de rester en place du gouvernement et sa volonté de conduire le pays vers une économie plus ouverte et entreprenante. Le modèle actuel de l’enseignement scolaire est calqué sur le modèle français, lui-même copié du modèle prussien, un modèle originellement mis en place pour contrôler les esprits et les rendre dociles.

La pédagogie, discipline absente de la formation des enseignants, des professeurs est basée sur des cours magistraux et un matraquage de concepts et d’informations bruts. Le plus important pour les élèves, c’est d’apprendre un maximum d’informations par cœur pour bien répondre aux évaluations et remplir le contrat. Et non pas de maîtriser les concepts. Les années 2000 ont été désignées comme la décennie de l’éducation au Maroc, c’était un moment intense de réforme. La précipitation de cette transition a malheureusement amené à des raccourcis délétères pour les élèves. Le taux de redoublement est très important et ne résout pas le problème du décrochage scolaire. L’école est obligatoire jusqu’à 15 ans, mais il n’est pas rare que les jeunes aient un travail en parallèle voire qu’ils ne viennent plus du tout à l’école.

Aujourd’hui, les familles de milieux sociaux défavorisés ont du mal à faire face seules à ces problèmes. Les parents, souvent analphabètes, ne peuvent pas aider leurs enfants et une reproduction sociale se met en place dans certaines zones rurales. De plus, la baisse du taux de natalité (7,06 en 1960 à 2,71 en 2012) et l’indépendance progressive des femmes travailleuses renforcent l’autonomie de l’enfant qui doit se débrouiller seul avec les moyens mis à sa disposition par le service public de l’éducation nationale. Or, le système éducatif est décentralisé et son financement est géré par les régions, fortement inégalitaires. Ainsi, les ressources par élève et par an dans certaines régions sont extrêmement faibles. La moyenne nationale reste également très basse à 46 000 dirhams (contre 76 000 en Tunisie). Enfin, il n’y a pas de solution mise en place pour lutter contre le décrochage scolaire, à part le redoublement qui ne fonctionne pas.

Les élèves ont besoin de se construire et de développer leur créativité pour affiner leur esprit critique et entreprenant. Faute de répondant de la part de la génération précédente, ils doivent se tourner vers leurs professeurs. Le problème principal réside dans la formation même de ses enseignants qui sortent pour la majorité de cursus de Droit Islamique, cursus très rigides et ne laissant pas de place à la créativité. La religion leur est inculquée comme un fait avéré. Or, cette manière d’apprendre est répliquée dans l’ensemble des autres domaines. L’éducation nationale ne met pas en place de formation permanente pour informer les enseignants des nouveautés pédagogiques ou des changements de programme. Les manuels vétustes encore utilisés font office de programme. Au ministère, ils ont conscience des problèmes mais sont dans l’incapacité d’y répondre faute de temps et d’argent. Là encore, l’éducation est un frein à la démocratisation et à la mise en place d’une culture de la remise en question. Tant que ce moteur est en panne, les marocains ne peuvent pas appréhender de façon pertinente les enjeux sociaux et économiques qui régissent le royaume.

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La culture de la réaction

Une réaction se divise en deux sous-ensembles, la volonté et la possibilité d’agir. Récemment, le processus de démocratisation dans les pays arabes voisins est passé par la révolution, en Tunisie par exemple où les protestations sont venues en réaction à la dictature en place. Il y avait une volonté d’intervention de la part de la population dans la gouvernance du pays, mais le gouvernement censurait et interrompait toutes les initiatives citoyennes allant dans ce sens. Afin de réagir efficacement contre la présidence de Ben Ali, ils ont du se soulever pour reprendre le contrôle. Au Maroc, la situation est différente car cette volonté d’action et de réaction n’est pas omniprésente comme elle l’était en Tunisie. Et aujourd’hui, l’éducation n’est pas calibrée pour instiguer cette volonté dans les mœurs, au grand dam de la CGEM, le syndicat patronal marocain.

Le système marocain du supérieur comprend aujourd’hui à peine plus d’une vingtaine d’université et le niveau est très bas. En 1991, un syndicat des diplômés chômeurs a été créé pour protester contre la décorrélation des compétences requises en entreprises de celles étudiées dans le supérieur. Depuis ce mouvement a pris de l’importance. En effet, l’apprentissage est archaïque dans la grande majorité des formations du supérieur et une bonne partie des esprits brillants marocains quittent le pays et viennent en Europe pour y suivre les meilleurs cursus. Certains reviennent au Maroc mais beaucoup préfèrent rester dans leur pays d’accueil ou trouvent du travail ailleurs. On assiste donc à une fuite des cerveaux du Maroc, une fuite des profils ayant aiguisés leurs esprits critiques et capables de discerner les véritables problèmes marocains.

Le niveau des universités n’est pas le seul problème, il y a effectivement souvent un désaveu de l’élite envers le monde politique marocain. Ils connaissent les enjeux, les risques et les problèmes qu’ils encourent s’ils se confrontent au pouvoir public. La corruption, la bureaucratie et le musèlement des voix dissidentes sont des freins à la « réaction » des élites et à leur présence dans la sphère politico-économique marocaine.

Enfin, le patriotisme marocain est une question extrêmement importante dans cette équation. Le patriotisme marocain est incarné par son Roi, il exprime l’unité et la continuité de la nation. Il y a traditionnellement une grande fierté à être marocain, renforcée par la politique des années 1980. Moins les populations sont éduquées, plus elles sont nationalistes avec des réflexes protectionnistes. C’est une situation qui se répète beaucoup en Europe et aux Etats-Unis (avec Donald Trump) aujourd’hui. Or, pour les élites marocaines, pour qui le Maroc n’est pas incarné par son roi, le patriotisme est moins fort que la peur des risques potentiels de l’engagement politique.

L’éducation évolue beaucoup au Maroc depuis quelques années, les inégalités sociales et économiques se réduisent, la population s’instruit mais le manque de budget et les politiques appliquées par le gouvernement en place semblent aller à l’encontre d’une progression réelle dans ce secteur. A la suite des révolutions arabes, le Roi a mis en place une série de mesure afin d’assouplir certaines lois et tuer dans l’œuf d’éventuelles revendications. L’éducation est un enjeu majeur pour l’avenir économique et politique du Maroc sur la scène internationale et méditerranéenne, cependant, le gouvernement a conscience du danger qu’elle représente pour sa pérennité et semble réticent à engager des réformes structurelles. Si le changement ne peut venir du pouvoir en place, d’où peut-il venir ?

Country Manager Maghreb @Impala

 

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